Coco : « Il ne faut jamais céder à la censure, sinon c’est la mort du métier »
De passage au Québec, la caricaturiste française Corinne Ley, connue sous son pseudonyme Coco, appelle à rester « combatif » face aux menaces à la liberté d’expression dans un contexte de montée de l’autoritarisme dans le monde. Survivante de l’attentat contre le journal satirique Charlie Hebdo en 2015 et maintenant dessinatrice au quotidien Libération, Coco est l’invitée du Festival international de journalisme de Carleton-sur-Mer, où elle a donné un grand entretien vendredi. En entrevue à l’émission Tout terrain, elle livre un témoignage percutant sur son métier, la liberté d’expression et sur les menaces auxquelles elle fait face. La caricaturiste évoque notamment l’emprisonnement de l’écrivain Boualem Sansal, une voix critique du pouvoir algérien, ou encore la caricaturiste américaine Ann Telnaes, du Washington Post, dont un dessin visant les liens des géants de la tech avec le président Donald Trump a été rejeté par la direction du journal, propriété du multimilliardaire américain Jeff Bezos. Pour elle, une des conditions sine qua non à la liberté de la presse est une presse indépendante, affranchie des intérêts des milliardaires. Cet engagement contre la censure et l’autocensure, la dessinatrice assure le traduire au quotidien dans son travail, pour proposer des dessins Selon Coco, le dessin de presse a cette capacité unique à faire rire, à surprendre, voire choquer, à faire réfléchir, ou encore à proposer un Certaines de ses caricatures ont suscité de violentes réactions, notamment un dessin sur la famine à Gaza publié durant le Ramadan, pour lequel la caricaturiste a reçu des menaces de mort. Coco y représentait un enfant courant après des rats, une scène que certains ont jugée offensante. Face aux critiques, elle dit assumer pleinement le dessin et assure avoir voulu souligner le désespoir des Palestiniens, dénoncer la famine à Gaza et se moquer de l’absurdité de la religion. C’est vrai que l’actualité est parfois un peu grave, mais il faut avoir la capacité de la transcender par l’humour. Elle dénonce au passage l’instrumentalisation politique dont elle a fait l’objet, notamment d’élus du parti d’extrême gauche La France insoumise qui l’ont prise à partie sur les réseaux sociaux. Malgré tout, Coco n’a cessé de cibler les extrémistes, notamment islamistes, après l’attentat contre Charlie Hebdo ou encore l’assassinat de l’enseignant Samuel Paty.Il ne faut jamais céder à la censure ni à l’autocensure, sinon c’est vraiment la mort du métier
, prévient Coco.Elle a bien fait de claquer la porte, parce que c’est une censure inacceptable
, dénonce Coco.justes et percutants
.Je propose tout ce que j’ai envie de proposer. Ensuite, il faut de toute façon faire un choix éditorial, mais ce n’est pas de l’autocensure, c’est un choix un peu malin pour avoir le dessin le plus percutant possible
, explique-t-elle.Faire face à la pression
pas de côté
face à l’actualité.C’est comme un coup de poing dans la gueule, là où on pense qu’on va se prendre un coup de pied au cul
, explique-t-elle, en reprenant le tournure de phrase du fondateur de Charlie Hebdo, François Cavanna. On cherche à être percutant, impactant et incisif dans les dessins. C’est le propre de ce médium.
Je n'ai pas compris du tout comment tout le monde s’est enflammé là-dessus. J’ai l’impression que des fois, des gens voient [les termes] Ramadan et Gaza et tout de suite, ça leur suffit à polémiquer et à remplir leur vie vraiment trop vide
, croit-elle.On combat l’extrême droite et l’intolérance religieuse, qu'elle soit catholique ou autre. Notre travail, c’est de ne pas avoir le crayon qui tremble devant ça
, explique-t-elle.On peut aussi les faire passer pour des abrutis, parce qu’ils ne sont pas bien malins.
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